Pour une récente étude consacrée aux formes du dialogue social dans l’économie numérique, nous avons interrogé une série de syndicalistes courant 2014 et 2015. En 2014, aucun des syndicalistes rencontrés ne parlait d’„♦ubérisation… Fin 2015, le terme est sur toutes les lèvres ! Preuve que la compréhension des phénomènes en cours – la fameuse transformation numérique de l’économie et de la société – évolue à la même vitesse que se déroulent ces changements. Mais si aujourd’hui tout le monde parle d’ubérisation, encore faut-il savoir ce que ce terme, ô combien menaçant !, signifie réellement. Derrière l’ubérisation, une évolution inexorable et incontrôlable de nos emplois et de nos façons de travailler ? D’autres menaces aussi accablantes, elles aussi avec des suffixes en « -sation », ont hier (automatisation, informatisation, mondialisation, et on en passe) modifié nos systèmes économiques et nos sociétés.

L’enjeu aujourd’hui pour les syndicats est de parvenir à construire une pensée complexe sur un sujet qui ne l’est pas moins. Pensez : pour analyser l’ensemble des évolutions en cours, il faut être à la fois spécialiste des réseaux et des technologies de l’information, expert en droit social et fiscal, micro-économiste de l’innovation et de la « disruption », capable de comparer des expériences et des changements quotidiens à l’échelle de la planète… Et savoir utiliser ces nouveaux outils pour s’adresser aux salariés et adhérents ! Les syndicats doivent répondre à ces défis dans un contexte où leur parole est peu souvent prise en compte. Dans la masse de rapports officiels qui ont fleuri ces derniers mois sur le numérique, très peu ont auditionné les organisations syndicales, alors que les représentants d’employeurs ont systématiquement voix au chapitre. Voire, une capacité d’analyse qui leur est même contestée, comme en attestent les piques lancées par le numéro 2 du Medef (« je ne vois pas chez les syndicalistes et nos partenaires syndicaux une prise de conscience des enjeux du numérique. On ne vit pas dans le même monde », voir l’entrée „syndicalisme)…

Le numérique exige en effet des syndicats une appropriation de différents sujets, et ce guide montre l’étendue des sujets embrassés par la question. Nous avons retenu 52 entrées, ce qui est nécessairement limitatif. Nous avons choisi d’aborder des thèmes qui concernent directement votre activité syndicale ou de représentation. Il y aura la place pour un second tome (en franglais ?) parlant de crowdworking, crowdsourcing, FabLab, etc. ! Nous avons opté pour une analyse critique des différents thèmes retenus, en nous basant sur l’état des connaissances actuelles, et en faisant le pari d’une approche sérieuse mais ludique à la fois. Vous n’y connaissez rien au numérique ? Tant mieux ! Vous pouvez ouvrir ce volume à n’importe quelle page, ou choisir une lecture de A à Z. Vous trouverez un index à la fin de l’ouvrage présentant les différentes entrées et les thèmes associés. Et vous l’avez compris, le symbole ♦„ renvoie à des entrées traitées dans ce guide.

Pourquoi analyse « critique » ? Cela n’aurait en effet aucun sens de « critiquer » les transformations en cours. Mais il faut les comprendre, dans toute leur complexité et leurs enjeux, loin des idées reçues ou toutes faites. A vous, lecteurs, de vous forger votre point de vue, votre propre pensée complexe ! Comprendre l’impact du numérique sur les ♦„emplois, la montée du ♦„travail indépendant, la „fonction publique, l’„éducation ou l’♦„écologie… Saisir l’importance (ou la non-importance) qu’a l’introduction de nouveaux outils, comme la „visioconférence pour les CE, la dématérialisation des bases de données (♦„BDES), l’utilisation de ♦„tableaux numériques ou du ♦„voice picking dans l’industrie logistique. Voir aussi les dangers liés à ces outils, en termes de possible réduction de l’„♦autonomie au travail (bien que celle-ci peut au contraire s’accroître fortement grâce au numérique !), de ♦„surveillance, de „♦santé au travail, etc. Il faut insister sur le fait que derrière ces „♦technologies numériques, il y a des „usages. Ces outils n’augmentent pas tout seuls les „♦rythmes du travail : le „management a encore et plus que jamais son mot à dire, les „♦IRP doivent être vigilants… Assurément, de nouvelles formes de ♦„syndicalisme sont à inventer, dans les entreprises, dans les branches du numérique („ESN, „♦télécoms…), dans une introuvable „♦filière du numérique. Demain, va-t-on voir se développer un « e-syndicalisme », lié à de nouvelles formes d’„expression des salariés, et où les sympathisants deviendraient des „followers ? Tout cela est en débat. Tout cela se passe devant nous.

Espérons que cet ouvrage ne contribue pas à votre ♦„infobésité ni ne participe au syndrome „Fear of missing out (FOMO)... Mais bien qu’il vous donne quelques clés pour comprendre ces changements ! Bonne lecture de ce guide, en version papier ou depuis vos tablettes et autres écrans !

 

orseu-quadri ˜

Avant-propos

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *