Les Entreprises de services numériques, premier secteur de l’économie numérique en France

Longtemps connues sous l’acronyme de SSII (société de services en ingénierie informatique) et désormais nommées ESN, les entreprises de services numériques sont la seule activité du « cœur » de l’économie numérique à créer des emplois alors que les deux autres secteurs identifiés (la fabrication de matériels informatiques, électroniques et optiques ; les télécoms) ont détruit des milliers d’emplois ces dernières années. Le secteur représente plus de 380 000 salariés en 2012 pour environ 43 000 entreprises. C’est un secteur atomisé, constitué de milliers de petites entreprises, même si on compte également plusieurs grandes entreprises françaises particulièrement compétitives sur leur segment de marché (Atos, Capgemini, Sopra Steria, Technicolor, Ubisoft, etc.).

Du point de vue des relations professionnelles, les ESN appartiennent à la branche dite « Syntec », qui a de facto un périmètre très large, puisqu’elle inclut aussi les bureaux d’études, les cabinets de conseil, etc. Cette diversité de situations professionnelles entraîne une grande variété de thématiques à traiter dans les négociations de branche, ce qui peut conduire à des discussions et négociations complexes. Une problématique aujourd’hui centrale dans cette branche qui crée de l’emploi porte sur les conditions de travail : rythmes de travail élevés, fortes amplitudes horaires, niveau de stress important… Le travail en régie (mise à disposition d’un salarié d’une ESN pour une entreprise cliente selon un tarif journalier) soulève de multiples difficultés en termes de conditions de travail : difficultés d’intégration, course à la reconnaissance, ambiguïté de la double relation de travail, accès à la formation difficile, etc.

Le secteur est de plus particulièrement concerné par les nouvelles formes de mobilisation de la main d’œuvre (mobilisation d’autoentrepreneurs, portage salarial, travail en régie, crowdworking, etc.) qui soulèvent des questions importantes pour les organisations syndicales : quelle indépendance, quel statut, quelle protection sociale pour ces travailleurs ? Le secteur est parfois considéré comme un laboratoire de nouvelles formes d’emplois, centrées autour de la figure du salarié « indépendant » ou free-lance, lequel serait mobilisable à la demande ou dans le cadre de contrats de travail repensés. Le consultant informatique free-lance représente ainsi autant ces nouvelles formes d’emploi qui se développent actuellement que le chauffeur de VTC relié à la plateforme Uber tant mentionné dans la presse. Pour le SPECIS-UNSA (Syndicat Professionnel d’Etudes, de Conseils, d’Ingénierie informatique et de Services), ce secteur des ESN représente bien un laboratoire de la « flexibilité 2.0 ».

Le renforcement de la capacité d’action des syndicats et des représentants du personnel dans cette branche atomisée et plurielle est au final un enjeu majeur, dans un contexte où celle-ci fait figure d’incubateur des nouvelles formes d’emploi de demain. ˜

ESN (Entreprises de services numériques) (ou SSII)

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