Une filière du numérique, ou plutôt un écosystème numérique ? 

La notion de « filière » est réapparue récemment dans le débat public comme une façon de résister ou d’apprivoiser la mondialisation, et de mettre en avant les forces de l’appareil productif national. Le rapport Gallois de 2012 faisait du retour des filières une des clés de la compétitivité française. Dans un colloque de 2013, l’UNSA s’interroge : « quelle politique industrielle pour quels emplois ? » et souhaite « replacer les filières au cœur du débat ».

Dans cette logique, 12 comités stratégiques de filière ont été institués en septembre 2010 sous l’égide du Conseil National de l’Industrie (CNI). Parmi eux, figure le Comité Stratégique de la filière STIC (Services et technologies de l’information et de la communication), nouvellement baptisé Comité Stratégique de la filière Numérique (CSFN). Il regroupe aujourd’hui des acteurs provenant des différents secteurs du numérique : opérateurs de télécommunication, industriels de l’informatique et/ou de l’électronique, services informatiques, éditeurs de logiciels, administrations et collectivités locales, représentants patronaux et syndicaux. Un « contrat » de filière est signé en 2013, dans lequel les acteurs et l’Etat planifient des engagements et axes de travail : GPEC, rédaction d’un accord RSE de filière, développement du sans-contact mobile, ouverture d’un chantier autour des villes numériques, etc.

On voit ainsi se constituer une filière du numérique, d’un point de vue institutionnel. Mais, s’agit-il d’une filière à proprement parler ? Traditionnellement, une filière est la chaîne de valeur qui part d’une matière première jusqu’au produit final. La filière « bois » par exemple va du bûcheron jusqu’aux meubles en kit. Mais où est la matière première dans la filière numérique ? Est-ce la donnée, nouvel or noir du XXIe siècle ? Et quel serait le produit final ? Le numérique est utilisé dans la voiture connectée, le dossier patient électronique, la domotique, les machines-outils 4.0… Bref, s’il existe une « filière du numérique », celle-ci ne concerne ni un produit final, ni une matière première, mais regroupe plutôt des acteurs économiques dont les activités s’articulent autour du numérique. C’est-à-dire autour de ce que cette technologie rend possible : le stockage et de la transmission d’information à partir d’un traitement en séquences binaires [voir „Numérique (Technologie)].

Certains spécialistes préfèrent même parler d’écosystème numérique. Ils mettent ainsi l’accent sur le caractère dynamique de l’économie numérique, alors que la notion de filière présente un caractère relativement statique. C’est, qu’en effet, le numérique conduit à des évolutions profondes de l’appareil productif. Les frontières se brouillent entre les producteurs des réseaux (traditionnellement les télécoms), les producteurs de contenus et ceux qui fournissent les infrastructures et les services nécessaire au développement des supports („♦„convergence). Le cloud computing en fournit l’exemple le plus criant : tous les acteurs, peu importe leur position sur la « chaîne de valeur », s’y mettent (Google, IBM, Orange, les „ESN…). Par ailleurs, le numérique ne peut être analysé d’une manière complètement isolée, sans comprendre les relations entretenues avec les autres activités productives. C’est par l’évolution des rapports qu’entretiennent les acteurs du numériques avec d’autres acteurs économiques (de la banque, de la domotique, de la santé, de l’automobile, etc.) que l’économie numérique se développe, se transforme et transforme la société. ˜

Filière

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