Youpi, l’économie des petits boulots se développe ?!

Terme anglais pour caractériser la nouvelle « économie des petits boulots » ou « des petits services ». Synonymes anglais : 1) share economy – expression renvoyant à l’idée d’une économie du partage, donc connotée plus positivement) ; 2) platform economy – terme insistant sur le rôle des plateformes numériques mettant en relation offreurs et demandeurs de services (ou de petits boulots). Le mastodonte américain s’appelle « Taskrabbit », les micro-travailleurs s’y font appeler les taskers (les tâcherons, quoi). Taskrabbit, c’est les services à la personne sans intermédiaire : ménage à domicile, montage de meuble Ikea, voire faire la queue pour vous acheter un ticket à l’opéra. Les clients potentiels fixent des enchères maximales et peuvent cliquer sur la photo du tasker. Le patron de cette entreprise n’a ni plus ni moins comme objectif que de « révolutionner la force de travail mondiale ». Un modèle qui fonctionne sur les inégalités sociales : des acheteurs prêts à payer ces services pour se libérer du temps, des travailleurs prêts à rendre ces services souvent faute de mieux. Une économie des services ou des serviteurs ?

Une start-up française s’appelle « Youpijob » et vous propose de devenir « jober ». Youpi, l’économie des petits jobs rémunérés ! Un autre site français s’appelle 5euros.com où l’on peut vendre ses services : « je vais réaliser votre bande-annonce », « je vais traduire 600 mots de l’espagnol vers le français » voire « je vais écrire la chanson d’amour pour la personne de votre choix ». Le tout pour un prix unique, 5 euros si vous avez bien suivi ! Love me, jober… Une journaliste de l’Obs qui a testé ce service a failli en avaler sa carte de presse. Mettant en vente ses compétences rédactionnelles (votre article pour 5 €), elle avait l’impression d’ubériser toute la profession… Une multitude d’applications web proposent également de jouer les intermédiaires dans d’autres domaines (la traduction par exemple, qui à la différence du travail physique dans les petits boulots précédents, peut se faire de façon délocalisée, n’importe où sur la planète). S’agit-il de « tâches », de « jobs », d’ « emplois », d’ « activités indépendantes » ?

« Il y a quelques années, la norme était de changer de travail tous les trois ou quatre ans. Les travailleurs indépendants avaient quelque chose de suspect. Désormais, travailler pour cinq employeurs en même temps est un insigne d’honneur. Cela montre votre valeur réelle. Vous êtes un professionnel hors pair, et on s’arrache vos services pour cela ». Voila en substance ce que disait un article de la revue technophile américaine Wired : la gig economy est ce qui va sauver le travailleur américain ! Aujourd’hui, ce sont les designers, les traducteurs, les programmateurs informatiques qui sont les travailleurs freelance du numérique, ainsi que les fameux chauffeurs Uber ou les femmes de ménages de Taskrabbit ou de Youpijob. Dans dix ans, écrit Wired, ce sera nous tous ! Travailleurs qualifiés ou non qualifiés, tous connectés et freelance ?

Aux Etats-Unis, le travail en freelance qui concernait 6 % des salariés en 1989, en concernerait entre 20 % à 30 % aujourd’hui. Les grandes villes américaines connaissent un accroissement rapide du nombre de travailleurs indépendants : +20 % par exemple à Los Angeles ou Austin entre 2013 et 2014. Il devrait y avoir environ 40 % de « travailleurs à la demande » en 2020. Un phénomène marquant aux Etats-Unis est le multi-statut : à la fois employé « classique », dans le cadre d’un contrat de travail, et indépendant dans le cadre d’un contrat commercial. « Le travail freelance, c’est la nouvelle norme ! », dit la responsable américaine du syndicat des Freelancers (car oui, il existe un syndicat). Mais quelle est la norme en matière de protection de ces travailleurs ? Aux Etats-Unis, une faible protection sociale dans le cadre d’un emploi à temps partiel, associée à pas de protection sociale dans le cadre d’un « mini-gig » voire d’un « nano-gig » ? Et en France ? voir : „Indépendant (Travail) ˜

Gig economy

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *