Que nous apprend le premier fiasco de l’économie ubérisée ?

Les „licornes ont beau être des animaux féériques, elles ne sont pas immortelles. C’est ce qui est arrivé à la start-up américaine Homejoy, spécialisée dans le ménage à domicile. « Premier échec de l’Uber-économie », « fiasco spectaculaire de l’Uber du ménage », « comment planter une startup qui a levé 38 millions de dollars » : la fermeture de cette entreprise, début 2015, a été abondamment commentée. A la manière de Taskrabbit, Homejoy est fondé sur un modèle d’économie à la demande („gig economy) : des travailleurs indépendants connectés à une „plateforme numérique. Son échec serait en partie dû à la menace de poursuites judiciaires intentées par ses travailleurs indépendants réclamant des contrats de travail, ce qui aurait fait fuir des investisseurs. Mais d’autres causes seraient plus banales, en particulier une fuite constante de ses meilleurs employés, préférant des contrats en direct mieux rémunérés avec les (désormais ex-) clients. La qualité n’était pas au rendez-vous, alors que qualité des emplois et qualités des services sont centraux sur ce marché des services à domicile. La plupart des travailleurs de Homejoy n’avaient aucune expérience dans ce type de tâches. Le service rendu, ce n’était pas la « joie » ! La formation des intervenants à domicile est centrale : or, qui paye pour la formation dans ce type de marché composé exclusivement d’indépendants ? Et tant pis pour le travailleur si l’algorithme utilisé par la plateforme les envoie à une heure et demie de leur domicile, ou pire s’ils ont un accident de travail. En France, on peut recruter directement quelqu’un pour faire le ménage chez soi, mais l’on doit respecter une convention collective, impliquant des droits pour le salarié.

Pour l’un des cadres de l’entreprise, un autre problème majeur « est qu’on ne tirait pas assez d’argent de nos clients (…). On dépensait beaucoup pour les trouver, mais on ne les retenait pas ». Une stratégie de „disruption de l’entreprise a été de casser les prix en bradant des coupons « Groupon » (une journée de nettoyage pour 20 dollars). Mais les clients ne revenaient pas vers le service. L’entreprise fonctionnait tout bonnement à perte. D’un point de vue économique, l’entreprise a privilégié sa croissance à ses revenus. Son expansion internationale (dans les grandes villes américaines, mais aussi à Berlin ou Paris, ou l’on peut retrouver trace de sa stratégie de guerre des prix) a été précipitée. Les travailleurs indépendants de Homejoy n’ont jamais été remerciés : ils n’ont plus reçu de réservations. ˜

Homejoy

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