Ne nourrissons pas l’infobésité !

L’infobésité, c’est le joli terme trouvé par l’Office québécois de la langue française comme synonyme de « surinformation » ou « surcharge informationnelle ». Il s’agit, selon nos cousins québécois, d’un « état résultant d’une information jugée trop abondante par rapport aux besoins ou aux capacités d’assimilation des utilisateurs. » Trop d’info tue l’info. La messagerie électronique déborde, les sollicitations des collègues et des clients se multiplient, les réponses sont exigées dans l’immédiateté, ce qui intensifie notre charge cognitive („rythmes de travail). Notre rapport à l’information change également : toujours connecté, peur de rater quelque chose, du plus futile au plus important ? C’est le syndrome „„FOMO ! Vous connaissez tous l’histoire de ce salarié qui ne voulait plus prendre de congés par crainte de la montagne de courriels à traiter à son retour.

Une chercheure américaine, Gloria Mark, a observé un échantillon de salariés américains : ceux-ci consultent en moyenne 74 fois leur courriels chaque jour, soit plus de neuf fois par heure pour une journée de 8 heures. Et ils allaient sur Facebook 21 fois par jour ! Les travailleurs choisissent de s’aérer l’esprit, mais repose-t-on vraiment son cerveau en surfant sur internet ? Les salariés hyperconnectés seraient interrompus toutes les 3 minutes en moyenne, selon cette professeure ! Chaque sollicitation a un coût cognitif : il faut en effet plusieurs minutes (une vingtaine selon l’auteur) pour se concentrer de nouveau sur sa tâche. Coût pour les entreprises en termes de baisse de productivité, coût pour les travailleurs (notamment risque de burn-out…) : y penserez-vous la prochaine fois que vous vérifierez votre inbox ? Le rapport France Stratégie consacré à l’impact des TIC sur les conditions de travail évoque un retour d’expérience au sein de l’entreprise américaine de microprocesseurs Intel : chacun de ses employés impliqués dans des fonctions de gestion, d’analyse ou de conception, perdait en moyenne huit heures par semaine en raison de la surabondance d’informations. Pour une entreprise de cette taille, cela se traduirait par une perte d’un milliard de dollars par an. Les employés recevaient entre 50 et 100 messages électroniques quotidiennement. Ils consacraient en moyenne 20 heures par semaine au traitement de ces messages. 30 % des courriels étaient inutiles. Les cadres supérieurs déclaraient avoir reçu jusqu’à 300 messages par jour. L’infobésité est par ailleurs source de stress, comme le montre un autre travail de Gloria Mark. Dès que l’on supprime les e-mails pendant cinq jours (elle a fait l’expérience auprès de militaires de l’US Army), le niveau de stress se réduit. Alors que l’on pouvait prévoir qu’il augmente, avec la peur de la déconnexion ! Mais il n’en a rien été. Mieux : les militaires ont redécouvert les joies de se parler en vrai !

Pour des cabinets de management, il vaudrait mieux offrir de véritables pauses (prendre l’air plutôt que regarder une vidéo sur Youtube). Le rythme parfait serait 52 minutes de travail pour 17 minutes de pause ! Le ♦„management a encore une fois un rôle central : il faut sauver le soldat numérique, plutôt que de laisser le salarié – parfois victime consentante – se dépatouiller avec ses sur-sollicitations. Les salariés peuvent en effet de leur propre chef utiliser des logiciels « tueurs d’e-mails », ou au moins pour les mettre en pause… Mais la responsabilité incombe aussi à l’entreprise. Des initiatives diverses fleurissent comme les journées sans e-mail (chez PriceMinister par exemple). D’autres exemples de ♦„droits à la déconnexion ou d’accords ♦„QVT cherchent à en limiter la prolifération…  De la même façon que la communauté des utilisateurs d’internet a coutume de dire « don’t feed the troll » (« ne nourrissez pas le troll », le troll étant dans le Web 2.0 celui qui vient créer une polémique inutile ou artificielle dans un forum par exemple), il est bon de réfléchir à ne pas alimenter notre surinformation, déjà en situation d’obésité avancée. ˜

Infobésité

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