Bientôt les institutions représentatives en ligne du personnel numérisé (IRELPN) ?

Que deviennent les représentants du personnel à l’ère du numérique ? En théorie, rien ne change. Les élus du personnel ou délégués syndicaux gardent les mêmes rôles de représentation et de défense de leurs collègues. Les comités d’entreprises (CE) conservent ainsi un rôle central d’anticipation des évolutions économiques des entreprises. Ils doivent observer la transformation des „♦business models et les stratégies de positionnement notamment en matière d’innovation („disruption). Les CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ont une fonction indispensable d’analyse du travail, dans un contexte d’évolution des „♦rythmes et de transformation de l’„autonomie des salariés. Les évolutions numériques posent d’innombrables questions en matière de „santé au travail.

Cependant, dans la pratique, tout est différent. Où sont les salariés que je représente ? Le „♦syndicalisme s’est surtout développé sur la notion de proximité. Dans l’usine de nos grands-parents, le délégué syndical côtoyait ses collègues chaque jour : à la prise de poste, à la machine à café, à la pause… La représentation des salariés a toujours été fondée sur la notion de communauté : communauté d’intérêts, horaires et lieux de travail identiques, statuts similaires. Or, le numérique amène un double éloignement physique : entre les salariés et l’entreprise et entre salariés eux-mêmes. Aujourd’hui, beaucoup de salariés n’ont jamais vu leurs représentants du personnel, ce qui aurait été inimaginable il y a 30 ans. Le lien entre les IRP et les salariés en mode numérique se réduit et doit être réinventé, ce qui est forcément compliqué.

Comment leur parler ? Le Code du Travail n’est pas passé à l’ère numérique. Les tableaux d’affichage sont toujours en papier. Alors que les salariés sont distants, les moyens de communication avec les IRP sont anciens et de moins en moins adaptés. Dans quelques cas, le CE dispose d’un intranet spécifique. C’est cependant encore très rare et insuffisant. Un intranet permet de rendre compte des activités économiques du CE et présente les activités sociales. Par contre, il ne permet pas réellement l’échange qui est fondamental pour la légitimité des IRP.

Les représentants du personnel de l’ère numérique enverront des mails directement aux salariés et géreront plusieurs blogs destinés à rétablir l’échange physique qui a disparu. Il faudra cependant qu’ils se forment pour ça et qu’ils en négocient le droit (sauf si le Code du travail était un jour modernisé). Comme le note la CFE-CGC dans sa contribution au rapport Mettling, « alors que la modernisation du dialogue social dans l’entreprise est sur toutes les lèvres, (…) les représentants syndicaux ou élus du personnel n’ont pas actuellement un droit d’accès aux outils numériques de l’entreprise ! ».

Revenons à une question clé : pourquoi les représentants du personnel existent-ils ? Vieille question dont l’éclairage change avec le numérique. Les représentants du personnel sont indispensables parce que le salarié est en situation d’infériorité et qu’il est également plus fragile socialement que l’employeur. Est-ce encore vrai avec le numérique ? La question se pose. Les entreprises assimilent de plus en plus les salariés (ou du moins certaines catégories de salariés) à des fournisseurs à qui ils achètent un service. Le numérique permet de réduire les distances et de placer les salariés directement face au client. En télétravail, le salarié transmet son travail à son manager. Voire même, le plus souvent, il réalise son travail sous sa propre responsabilité. Est-il encore réellement subordonné ? La question se pose encore davantage avec le développement de nouvelles formes de travail indépendant. Subordination légale, subordination économique, pas de subordination du tout ?

Le numérique est constitué de technologies nouvelles et donc rares et complexes. Les salariés qui les maîtrisent ont, temporairement, un avantage important et sont donc moins dépendants de l’employeur. Un « codeur » réalise des lignes de code que pas grand-monde ne comprend et dont chacun dépend. Il n’a donc que peu de besoin de représentants du personnel tant qu’il domine un domaine rare et complexe. Quand la technologie change, il est alors en situation de risque et le représentant du personnel retrouve son utilité (♦„GPEC). Les représentants du personnel vivent bel et bien la transformation numérique de l’intérieur. A eux de recréer de nouvelles formes d’intelligence et d’action collectives en s’appuyant sur les outils technologiques existants, à l’heure où, justement, le numérique attaque les „collectifs de travail. ˜

IRP (Institutions représentatives du personnel)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *