Quel avenir pour les producteurs de « tuyaux » ?

Dans l’économie numérique, les télécoms sont traditionnellement considérés comme les producteurs de « tuyaux » (réseaux de téléphonie, fibre optique, etc.) par lesquels transitent les informations et les données, c’est-à-dire le « contenu ». Le secteur des télécommunications a été traversé par de multiples innovations technologiques qui ont bouleversé les relations sociales. Plusieurs évolutions légales et réglementaires (ouverture européenne à la concurrence dans les années 1990) ont progressivement modelé le cadre de régulation du secteur. Vous souvenez vous du temps d’avant Free, Sosh, NRJ Mobile, etc., quand il n’y avait qu’un seul opérateur national (France Télécom) ? Cela semble bien lointain. Or cela ne remonte qu’à un peu plus d’une quinzaine d’années !

Le marché des télécoms est aujourd’hui dominé par quatre opérateurs : France Télécom-Orange, SFR-Numéricable, Bouygues et Free. D’autres opérateurs virtuels (Virgin Mobile, etc.) achètent des minutes à ces opérateurs mais ne disposent pas de leur propre fréquence. Le cas de Free est particulier puisqu’il loue une partie du réseau d’Orange selon un contrat d’itinérance entre les deux opérateurs, un contrat dénoncé par les concurrents. En raison de sa licence, Free doit en principe respecter certains engagements comme la couverture nationale.

Après une forte croissance économique au début des années 2000 tirée par une solide demande et de multiples innovations, l’activité des télécoms s’est ralentie après 2009, en raison de l’arrivée d’un quatrième opérateur depuis 2010 (Free et sa politique de ♦„disruption fondée sur des prix bas). La forte concurrence à partir de 2010 s’est en effet accompagnée par une baisse des prix des services de télécommunication. En 5 ans, les prix ont diminué de 21 %. La France est indiscutablement le champion européen de la téléphonie low cost, comme le montre une étude de l’autorité belge des télécoms ! En conséquence, la valeur ajoutée à prix courant (en incluant les baisses des prix) est en décroissance continue: -5.3 % par an en moyenne.

L’emploi est apparu comme une variable d’ajustement. Plus de 10 000 emplois ont été détruits depuis 2011. L’objectif recherché est de dégager des marges de productivité. Toutefois, les opérateurs n’y parviennent pas puisque les économies réalisées par les licenciements ne compensent pas les pertes induites par la baisse des prix. La productivité a donc poursuivi son recul  (-2,8 %).

Parallèlement, les principaux acteurs du secteur essayent de positionner leurs pions en se tentant de se lancer dans des opérations de concentration afin de mieux maîtriser le marché (stratégies autours du rachat de Bouygues Télécom) et/ou de bénéficier de synergies (rachat de SFR par Numéricable). Si quelqu’un arrive à suivre la partie de casino industriel actuel entre Orange, SFR, Free, Numéricable et Bouygues, qu’il nous contacte !

Toutefois, cela ne suffit pas, jusqu’à maintenant, à dégager les niveaux de revenus auxquels les télécoms étaient habitués. Lesquels permettaient autrefois de soutenir les investissements et de verser gracieusement d’importants dividendes aux actionnaires, tout en permettant une politique salariale généreuse envers les salariés.

L’ARCEP, l’autorité française de régulation chargé de veiller au maintien des conditions de la concurrence, est ainsi fortement critiquée, tant par les représentants patronaux que par les représentants syndicaux des principaux opérateurs (à l’exception de Free, bien sûr).

En l’absence d’évolutions majeures, l’avenir des télécoms tels qu’ils existent jusqu’à maintenant (c’est-à-dire en tant que producteur des « tuyaux ») est sans doute en jeu. Alors que les „GAFA profite d’une situation de quasi-passager clandestin (utilisation de ces tuyaux sans participer à l’effort d’investissement, contournement fiscal) tout en réussissant à capter une grande partie de la valeur monétaire générée par le développement du numérique, les opérateurs de télécommunications doivent réussir à trouver leur voie s’ils veulent maintenir une place de premier rang au sein de l’écosystème. ˜

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