Tous usagers de l’économie et de la société numérique !

L’usage d’un bien ou d’un service renvoie à la manière dont celui-ci remplit une certaine utilité pour un individu ou un groupe d’individu donné et dans des circonstances données. Poser la question du numérique en termes d’usages, c’est porter l’attention, non pas sur les biens ou sur les services en tant que tels (un smartphone, une base de données, un service de conseil en système d’information, un livre numérique, etc.), mais sur la manière dont ceux-ci rencontrent des besoins tels qu’ils sont vécus par leurs utilisateurs et leur procurent une certaine utilité. S’intéresser à l’usage, c’est finalement s’intéresser à la manière dont les biens et services rendent service à leurs bénéficiaires.

C’est précisément parce qu’il fait fortement évoluer les usages (pour les personnes, pour les organisations, pour les territoires..) que le numérique a un impact économique et social si important.

Commençons par la sphère personnelle. Le numérique s’est tellement répandu dans la vie quotidienne qu’il est parfois difficile, pour les plus jeunes, de s’imaginer comment le monde pouvait bien tourner avant. Grâce au numérique, les capacités de stockage et la transmission d’informations ont profondément évolué. Qu’il s’agisse de la vidéo à la demande, des plateformes de streaming audio, des multiples applications sur smartphone, des journaux et médias en ligne… L’heure est aujourd’hui au développement des „objets connectés. Au-delà du caractère « pratique » de ces évolutions, cela soulève des enjeux sociétaux centraux : quel accès de tous à la santé, la culture, quel modèle d’„♦éducation, etc. ?

Le numérique a également transformé la sphère professionnelle par le biais de nouveaux usages. La dématérialisation et la transmission quasi instantanée des données, l’automatisation de certaines tâches ou l’extension de la robotisation font profondément évoluer l’activité de travail de nombreux salariés dans la plupart des secteurs [voir ♦„Numérique (économie), „Emplois]. Dans un futur proche, l’essor des imprimantes 3D risque de bouleverser les manières de produire des biens et de concevoir la manière dont l’industrie rend service ; le „big data pourrait faire évoluer les modes de prise de décision et d’action des acteurs publics…

Par ailleurs, les technologies numériques contribuent à brouiller les frontières entre le travail et le hors travail, tant du point de vue temporel (je regarde mes mails en dehors du temps de travail, ♦„infobésité) que du point de vue spatial (je travaille de chez moi ou dans le train, „voir télétravail).

Questionner les usages en lien avec le numérique revient finalement à s’interroger sur la manière dont les modes de production et les modes de vie des individus évoluent. C’est ce qui fait la richesse du numérique, mais ce sont aussi les risques qu’il soulève… Le développement du numérique n’est pas sans lien avec l’essor de nouvelles formes d’organisation qui favorisent la sous-traitance internationale, la dégradation des collectifs de travail, l’intensification du travail, l’utilisation de données personnelles à des fins commerciales, la remise en cause des droits de propriété intellectuels, etc. Pour le sociologue Michel Lallement, les communautés de « hackers », ces génies de l’informatique mi-pirates mi-bidouilleurs, ou de militants du logiciel libre, réinventent des façons « de créer et de partager en se défaisant des contraintes imposées par le marché, la rentabilité, le droit de propriété », en associant « le travail au plaisir, à la libre coopération, au geste esthétique », soit ni plus ni moins qu’un (utopique ?) « nouvel âge du travail ». La carte-mère comme source d’une révolution sociale et politique, en quelque sorte !

Aujourd’hui, la question des usages échappe assez largement à l’action publique. Et quelle est sa place dans le débat public ? Les acteurs publics peinent à réguler les nouveaux modèles d’échanges qui passent par internet, tandis que les partenaires sociaux, s’ils abordent parfois le sujet, sont souvent impuissants face à des évolutions considérées comme inévitables. Peut-il encore y avoir une place pour définir collectivement et sereinement les conditions qui permettent de faire du numérique un vecteur de développement des personnes, des organisations et des territoires ? ˜

Usages

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